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Poème du Monde
Je sais que ce poème est un peu long mais je l'aime tellement que n'en donner qu'une partie serait vraiment un crime... Alors voici LA VISION D'OU EST SORTI CE LIVRE de VICTOR HUGO
J'eus un rêve : le mur des siècles m'apparut.
C'était de la chair vive avec du granit brut,
Une immobilité faite d'inquiétude,
Un édifice ayant un bruit de multitude,
Des trous noirs étoilés par de farouches yeux,
Des évolutions de groupes monstrueux,
De vastes bas-reliefs, des fresques colossales ;
Parfois le mur s'ouvrait et laissait voir des salles,
Des antres où siégeaient des heureux, des puissants,
Des vainqueurs abrutis de crime, ivres d'encens,
Des intérieurs d'or, de jaspe et de porphyre ;
Et ce mur frissonnait comme un arbre au zéphire ;
Tous les siècles, le front ceint de tours ou d'épis,
Étaient là, mornes sphinx sur l'énigme accroupis ;
Chaque assise avait l'air vaguement animée ;
Cela montait dans l'ombre ; on eût dit une armée
Pétrifiée avec le chef qui la conduit
Au moment qu'elle osait escalader la Nuit ;
Ce bloc flottait ainsi qu'un nuage qui roule ;
C'était une muraille et c'était une foule ;
Le marbre avait le sceptre et le glaive au poignet,
La poussière pleurait et l'argile saignait,
Les pierres qui tombaient avaient la forme humaine.
Tout l'homme, avec le souffle inconnu qui le mène,
Ève ondoyante, Adam flottant, un et divers,
Palpitaient sur ce mur, et l'être, et l'univers,
Et le destin, fil noir que la tombe dévide.
Parfois l'éclair faisait sur la paroi livide
Luire des millions de faces tout à coup.
Je voyais là ce Rien que nous appelons Tout ;
Les rois, les dieux, la gloire et la loi, les passages
Des générations à vau-l'eau dans les âges ;
Et devant mon regard se prolongeaient sans fin
Les fléaux, les douleurs, l'ignorance, la faim,
La superstition, la science, l'histoire,
Comme à perte de vue une façade noire.
Et ce mur, composé de tout ce qui croula,
Se dressait, escarpé, triste, informe. Où cela ?
Je ne sais. Dans un lieu quelconque des ténèbres.
Il n'est pas de brouillards, comme il n'est point d'algèbres,
Qui résistent, au fond des nombres ou des cieux,
À la fixité calme et profonde des yeux ;
Je regardais ce mur d'abord confus et vague,
Où la forme semblait flotter comme une vague,
Où tout semblait vapeur, vertige, illusion ;
Et, sous mon œil pensif, l'étrange vision
Devenait moins brumeuse et plus claire, à mesure
Que ma prunelle était moins troublée et plus sûre.
Chaos d'êtres, montant du gouffre au firmament !
Tous les monstres, chacun dans son compartiment ;
Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde ;
Brume et réalité ! nuée et mappemonde !
Ce rêve était l'histoire ouverte à deux battants ;
Tous les peuples ayant pour gradins tous les temps ;
Tous les temples ayant tous les songes pour marches ;
Ici les paladins et là les patriarches ;
Dodone chuchotant tout bas avec Membré ;
Et Thèbe, et Raphidim, et son rocher sacré
Où, sur les juifs luttant pour la terre promise,
Aaron et Hur levaient les deux mains de Moïse ;
Le char de feu d'Amos parmi les ouragans ;
Tous ces hommes, moitié princes, moitié brigands,
Transformés par la fable avec grâce ou colère,
Noyés dans les rayons du récit populaire,
Archanges, demi-dieux, chasseurs d'hommes, héros
Des Eddas, des Védas et des Romanceros ;
Ceux dont la volonté se dresse fer de lance ;
Ceux devant qui la terre et l'ombre font silence ;
Saül, David ; et Delphe, et la cave d'Endor
Dont on mouche la lampe avec des ciseaux d'or ;
Nemrod parmi les morts ; Booz parmi les gerbes ;
Des Tibères divins, constellés, grands, superbes,
Étalant à Caprée, au forum, dans les camps,
Des colliers que Tacite arrangeait en carcans ;
La chaîne d'or du trône aboutissant au bagne.
Ce vaste mur avait des versants de montagne.
Ô nuit ! Rien ne manquait à l'apparition.
Tout s'y trouvait, matière, esprit, fange et rayon ;
Toutes les villes, Thèbe, Athènes, des étages
De Romes sur des tas de Tyrs et de Carthages ;
Tous les fleuves, l'Escaut, le Rhin, le Nil, l'Aar,
Le Rubicon disant à quiconque est césar :
— Si vous êtes encor citoyens, vous ne l'êtes
Que jusqu'ici. — Les monts se dressaient, noirs squelettes,
Et sur ces monts erraient les nuages hideux,
Ces fantômes traînant la lune au milieu d'eux.
La muraille semblait par le vent remuée ;
C'étaient des croisements de flamme et de nuée,
Des jeux mystérieux de clartés, des renvois
D'ombre d'un siècle à l'autre et du sceptre aux pavois,
Où l'Inde finissait par être l'Allemagne,
Où Salomon avait pour reflet Charlemagne ;
Tout le prodige humain, noir, vague, illimité ;
La liberté brisant l'immuabilité ;
L'Horeb aux flancs brûlés, le Pinde aux pentes vertes ;
Hicétas précédant Newton, les découvertes
Secouant leurs flambeaux jusqu'au fond de la mer,
Jason sur le dromon, Fulton sur le steamer ;
La Marseillaise, Eschyle, et l'ange après le spectre ;
Capanée est debout sur la porte d'Électre,
Bonaparte est debout sur le pont de Lodi ;
Christ expire non loin de Néron applaudi.
Voilà l'affreux chemin du trône, ce pavage
De meurtre, de fureur, de guerre, d'esclavage ;
L'homme-troupeau ! cela hurle, cela commet
Des crimes sur un morne et ténébreux sommet,
Cela frappe, cela blasphème, cela souffre,
Hélas ! et j'entendais sous mes pieds, dans le gouffre,
Sangloter la misère aux gémissements sourds,
Sombre bouche incurable et qui se plaint toujours.
Et sur la vision lugubre, et sur moi-même
Que j'y voyais ainsi qu'au fond d'un miroir blême,
La vie immense ouvrait ses difformes rameaux ;
Je contemplais les fers, les voluptés, les maux,
La mort, les avatars et les métempsycoses,
Et dans l'obscur taillis des êtres et des choses
Je regardais rôder, noir, riant, l'œil en feu,
Satan, ce braconnier de la forêt de Dieu.
Quel titan avait peint cette chose inouïe ?
Sur la paroi sans fond de l'ombre épanouie
Qui donc avait sculpté ce rêve où j'étouffais ?
Quel bras avait construit avec tous les forfaits,
Tous les deuils, tous les pleurs, toutes les épouvantes,
Ce vaste enchaînement de ténèbres vivantes ?
Ce rêve, et j'en tremblais, c'était une action
Ténébreuse entre l'homme et la création ;
Des clameurs jaillissaient de dessous les pilastres ;
Des bras sortant du mur montraient le poing aux astres ;
La chair était Gomorrhe et l'âme était Sion ;
Songe énorme ! c'était la confrontation
De ce que nous étions avec ce que nous sommes ;
Les bêtes s'y mêlaient, de droit divin, aux hommes,
Comme dans un enfer ou dans un paradis ;
Les crimes y rampaient, de leur ombre grandis ;
Et même les laideurs n'étaient pas malséantes
À la tragique horreur de ces fresques géantes.
Et je revoyais là le vieux temps oublié.
Je le sondais. Le mal au bien était lié
Ainsi que la vertèbre est jointe à la vertèbre.
Cette muraille, bloc d'obscurité funèbre,
Montait dans l'infini vers un brumeux matin.
Blanchissant par degrés sur l'horizon lointain,
Cette vision sombre, abrégé noir du monde,
Allait s'évanouir dans une aube profonde,
Et, commencée en nuit, finissait en lueur.
Le jour triste y semblait une pâle sueur ;
Et cette silhouette informe était voilée
D'un vague tournoiement de fumée étoilée.
Tandis que je songeais, l'œil fixé sur ce mur
Semé d'âmes, couvert d'un mouvement obscur
Et des gestes hagards d'un peuple de fantômes,
Une rumeur se fit sous les ténébreux dômes,
J'entendis deux fracas profonds, venant du ciel
En sens contraire au fond du silence éternel ;
Le firmament que nul ne peut ouvrir ni clore
Eut l'air de s'écarter.
Décembre
Le hibou parmi les décombres
Hurle, et Décembre va finir ;
Et le douloureux souvenir
Sur ton coeur jette encor ses ombres.
Le vol de ces jours que tu nombres,
L'aurais-tu voulu retenir ?
Combien seront, dans l'avenir,
Brillants et purs ; et combien, sombres ?
Laisse donc les ans s'épuiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d'épines pour une rose !
Le temps qui s'écoule fait bien ;
Et mourir ne doit être rien,
Puisque vivre est si peu de chose.
François Coppée
Mon Dieu ! si elle allait mourir !
Si la pelle allait la couvrir,
Avec son bec de bois qui ramasse la terre,
Si sa soeur ou son frère,
Pour la pleurer allaient venir !
Si la cloche toujours au guet
Allait donner sa voix qui fait :
Mort-mort, mort-mort, en hochant de la tête ;
Et que le fossoyeur fit fête,
Assis au bord de son creux fait !
Si la grande et jaune bougie
Allait flamber sur cette vie
Eteinte à tout jamais !
Si le drap noir sous sa croix blanche,
Etendant ses bras sur la planche,
Allait lui ôter l'air, si encore elle était !
Et si le prêtre aux chants de marbre
Allait se mettre à cheminer
Pour la conduire sous un arbre
Et puis comme tous la laisser !
Si des autres les os allaient tomber sur elle,
Dans sa maison construite sans truelle ;
Si pour la voir encor j'allais être obligé
De chercher dans ces os, son corps inanimé
Qui ne répondrait plus
A mes cris, à mes larmes ;
Qu'on toucherait dessous, dessus
Sans qu'il bougeât, - et que toutes les armes
Qui viendraient le fouiller n'y trouveraient que chair
Molle, et rendant un vent qui empoisonne l'air.
Si je ne reconnaissais pas sa bouche !
Si sa figure était farouche !
Si déjà ses traits étaient ravagés !
Si ses beaux yeux étaient rongés !
Si ses dents étaient serrées !
Sous ses lèvres crispées ;
Ses lèvres grimaçant, ses dents grinçant l'horreur !
Si sa poitrine était ouverte,
Et sa langue découverte,
Par son cou déchiré, pendant,
Et sa gorge saignant !
Je crois que j'aurais peur.
Peur ! eh ! de quoi peur ? d'une morte,
Qui dans sa fosse apporte
Un coeur à vous lorsqu'il battait,
Que vous seul il idolâtrait ?
Ce que vous avez eu pendant toute sa vie,
Ce qui l'a sans cesse nourrie,
Qui de son âme a fait un amour dans son corps,
Qu'elle a toujours gardé, sans craindre le remords ?
Peur d'une femme à qui vous diriez : Que tu meures ?
Je le veux, je le veux! Ne ris pas... tu l'effleures
Ce sein sur qui tu mets la pointe d'un poignard ;
Craindrais-tu la souffrance ?
" Allons, enfonce donc ! enfonce ! " - Et qu'un regard
Vous dit en se fermant : " Voilà mon existence. "
Des restes d'un tel corps pourrait-on avoir peur ?
Je m'y cramponnerais, ainsi qu'un ver rongeur.
De deux je ferais un ; j'aime tant, qu'il me semble
Que je lierais, chairs, os, entortillés ensemble ;
De sorte qu'on dirait en y fixant ses yeux
Jamais cet 1 de chair, n'a pu former un 2.
Xavier Forneret
Je sais bien que Jacques Brel est un chanteur mais ses chansons ressemble tellement plus à des poèmes... Surtout Ne me quitte pas... Cette chanson me fait rêver comme un poème. Elle rentre dans un imaginaire magnifique et je ne pouvais pas ne pas vous la faire partager...
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuait parfois
A coup de pourquoi
Le coeur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Moi, je t'offrirais
Des perles de pluie
Venu de pays
Où il ne pleus pas
Je creuserais la terre
Jusqu'àpreès la mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferais un domaine
Où l'amour sera roi,
Où l'amour sera loi
Où tu sera reine
Ne me quitte pas,
Ne me quitte pas,
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots incensés
Que tu comprendra
Je te parlerai
De ces amants là
Qui ont vu deux fois
Leur coeur s'embrasés
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vuieux
Il est parait-il
Des terres brûlé
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flambloit
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas,
Ne me quitte pas,
Ne me quitte pas,
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleuré
Je ne vais plus parlé
Je me cacherait là
A te regarer dansé et sourire
A t'écouter chanté et rire
Laisse moi devenir l'ombre
De ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais ne me quitte pas,
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas